Humeur·lifestyle

Malaise à l’hopital

Bonjour les gens !

Article « humeur » aujourd’hui , sur un sujet qui me trotte dans la tête depuis quelques semaines, mais je n’arrivais pas à mettre de mots sur ce que je ressentais. C’est en discutant avec des collègues, des amies et ma famille que j’ai enfin compris ce mal-être que je sentais, et qui ne touche pas que moi.

Ça fait exactement un an que j’ai décidé de tenter d’aller à l’école de puériculture, pour apprendre plus, m’ouvrir à d’autres horizons. Ça fait maintenant pus de 6 ans que je suis infirmière et que je travaille dans le même service, j’adore mon boulot, vraiment, à tel point que j’ai un petit pic de tristesse en me rendant compte que je pars bientôt.

Ce n’est pas le boulot en lui-même qui me donne ce mal être, j’adore soigner ces petits êtres arrivés trop tôt, j’adore la réanimation, j’adore ce boulot d’équipe, me questionner, apprendre, comprendre. J’adore aussi le fait de devoir être très organisée, très carrée, anticiper (tout peut arriver à n’importe quel moment), la relation avec ces bébés en construction et leurs parents désarçonnés, pas prêts… J’ai du mal à me dire que je pourrais travailler un jour dans un autre service.

J’ai de la chance également car c’est un service rentable et qui dit service rentable dit moyens, on a un très beau bâtiment, neuf, des équipements neufs, et du personnel en nombre. Et même si on râle souvent quand on est pas en nombre (ce qui arrive rarement il faut avouer car on trouve toujours le moyen de compenser), qu’il y a énormément de boulot, je le sais et je pense aux autres services moins bien aidés où les infirmiers sont de plus en plus en difficulté.

Sauf que. Sauf qu’on commence nous aussi à sentir le vent tourner. Les 4 premières années de travail, mon entourage n’avait que « ah mais tu bosses jamais toi » à la bouche, et c’est vrai, j’avais la chance d’avoir énormément de repos.

Pour vous expliquer, je travaille en 12h, sur un roulement fixe qu’on appelle grande semaine et petite semaine, sur la grande je travaille 60h et sur la petite « seulement » 24h. Ce qui fait sur deux semaines 84h et sur 4 donc, 168h. Si on prend une semaine de 35h et qu’on regarde sur un mois ça fait 140h. On travaille donc une trentaine d’heure en plus par mois, ce qui revient à faire grosso merdo 40h par semaine, vous suivez ?

Dans la fonction publique hospitalière le personnel qui travaille plus de 90% de nuit sur l’année, bénéficie d’un temps de travail diminué à 32h30 ( Décret 2007-826 du 11 mai 2007 ) pour tenir compte de la pénibilité du travail de nuit. Car même si c’est un choix, rare sont les personnes qui décident de travailler uniquement de nuit et il y a un impact sur la santé, qu’on le veuille ou non. Je tiens à préciser que non la nuit nous ne nous reposons pas, et que nous faisons le même travail que les équipes de jour, la seule différence est que l’équipe médicale et paramédicale est réduite (sauf les infirmiers).

Donc reprenons la calculette : 32h30 x 4 semaines = 130h par mois. Sachant que l’on travaille de base 168h on a donc quasi 40h à récupérer dans le mois. Ça c’est dans l’idéal. Ça a été le cas pendant les premières années où j’ai bossé, j’avais mes repos «normaux » de compensation et il est vrai je travaillais peu d’heures dans le mois. J’avais le temps de voir ma famille, mes amis, mon amoureux et de réellement me reposer.

Sauf que. Sauf que depuis quelques années, ce n’est plus pareil. J’ai du ouvrir un compte épargne temps, pour ceux qui ne savent pas ce que c’est c’est un compte sur lequel on met les heures de repos que vous n’avez pas pu prendre. Vous pouvez vous les faire payer mais beaucoup moins chères que si vous les aviez travailler ou vous pouvez les poser. Si c’est accepté par vos supérieurs et la DRH. Bref « quelques heures » qui peuvent être utiles si vous partez bientôt à la retraite histoire de partir un peu plus tôt, elles sont quasiment inutiles si vous êtes en début de carrière surtout si vous décidez de changer de poste. Qui voudrait d’une personne avec dans ses bagages 1 mois de repos à poser ?

La première année où j’ai ouvert un Compte Épargne Temps (CET) j’ai posé 11 jours. Ça équivaut à un mois travaillé. Un mois. Traduction, au lieu de travailler 12 mois j’en avais travaillé 13. Mais pas payé plus, on m’a gentiment mis mes jours sur ce compte. Pas de repos en plus, pas payée plus.

Et je m’estime chanceuse, demandez aux infirmier(e)s d’autres services combien ils mettent d’heures sur leurs CET chaque années ? Les CET se remplissent, des centaines d’heures y sont déposées, et cumulées chaque années. Pratique non ?

Depuis quelques années donc, je dirais deux, j’ai vu mes repos s’amenuiser. Il y a certaines périodes où j’en ai plus, car nous avons des périodes creuses, généralement le premier trimestre de l’année mais après les heures montent en flèche. Petit exemple : après mon opération (pour laquelle j’ai posé TOUT mon CET soit 18j, bien contente de m’en débarrasser, c’était une période de travaux donc ça arrangeait aussi le boulot pour qui ça faisait une fille de moins à faire venir et surtout je gardais ma prime de fin d’année -oui parce que congé maladie = baisse, voir pas de prime -). J’avais eu un peu plus de repos en février et mars résultat je suis revenue en mai j’étais à -100h sur mon compte d’heure annuel. Sachant que je pars à l’école en octobre il faut que je parte en étant à 0h. Il faut donc rééquilibrer le planning quitte à bosser deux fois plus pour remonter. Début Août j’étais déjà à 8h.
Je sais que je vais partir avec l’école en deavant mettre 6h sur mon CET. 6h que j’aurai bossé mais qui ne me serons pas payées, juste mises sur un compte. Ce ne sera pas quelques euros de plus qui me rendront riche vu que nous sommes payés avec un lance-pierre (tu sens la point de sarcasme là?)

Bref, c’est un peu compliqué pour ceux qui ne travaillent pas en milieu hospitalier mais ça parlera sûrement à ceux pour qui c’est le cas où à leurs proches car c’est également compliqué pour eux de comprendre parfois pourquoi les soignants sont fatigués, tiraillés…

La traduction de tout ça c’est : Boulot-Dodo-Boulot-Dodo.
(Alors quand on me demande « alors c’est pour quand le bébé  » j’ai envie de rire, j’ai à peine le temps de m’occuper de moi et de chez moi alors un gosse lol)

Vous comprenez mieux pourquoi partir en vacances cette année était vital ?

J’aime plus que tout mon métier, je m’investis énormément mais je sature. Je sature parce que je suis fatiguée, et que je n’arrive plus à avoir du temps pour mes proches.

Mon amoureux est ultra compréhensif, même si parfois j’ai le droit à un « t’es toujours fatiguée » et je ne lui en veux pas, oui je suis toujours fatiguée.

Ma meilleure amie m’a récemment dit « ça fait plus d’un an qu’on ne s’est pas vues ».

Je ne suis pas allée chez ma mère depuis un an je crois, je n’ai pas vu une de mes sœurs depuis un an aussi.

J’ai fait le choix de vivre à Paris, car j’ai toujours voulu y vivre, je ne regrette pas le moindre du monde même si je ne pense pas y rester toute ma vie, mais j’adore cette ville. Malheureusement je suis aussi loin de ma famille et de mes amis qui sont éparpillés un peu partout en France, ma mère (et ma famille maternelle), mes sœurs, mes amies à Nantes, ma sœur et ses enfants à Clermont, mon père (et ma famille paternelle), ma belle-mère, mes petits frères, mes amis sont en Haute-Loire (région tellement bien desservie qu’il est plus rapide d’aller en Martinique).

Même s’ils ne me le disent pas directement je sais qu’ils ont l’impression que c’est de façon volontaire que je « m’éloigne » et pourtant c’est bien contre mon gré.
Mon rêve ? Qu’on invente la téléportation.

Je ne blâme absolument pas mon boulot, ou du moins mon service car je sais que ailleurs c’est encore pire.

J’ai récemment discuté longuement avec une collègue devenue amie, qui a changé de service et qui actuellement est en pleine réflexion car elle ne supporte plus cette situation. Travailler un week-end sur deux, ne pas profiter des gens qu’elle aime, être épuisée par un boulot qu’elle aime pourtant…

Ça fait « du bien » d’entendre que l’on est pas seule à être peinée quand on ne profite pas des repos que l’on a pour aller voir sa famille mais pour réellement se reposer. Je passe réellement mes jours de repos à dormir (et c’est surtout vrai depuis que mon opération qui me rend vite fatiguée).
Et c’est un cercle vicieux, on est épuisées donc on tombe malade (ou on ne peux tout simplement pas bosser par manque d’énergie, et on culpabilise d’être une charge pour les collègue car quand on est absente c’est une collègue qui prend sur son temps personnel pour venir, surtout dans notre service où il n’y a pas de « pool » – équipe qui tourne et va remplacer sur certains services – car c’est un service trop spécifique). Nos supérieurs hiérarchiques font peser le poids des absences en nous faisant culpabiliser (et je ne leur en veux pas vraiment, ils ont un service à faire tourner et ne sont que des pions eux aussi malgré tout). Un personnel fatigué devient absent et l’absentéisme fait travailler les collègues qui viennent remplacer et qui sont à leur tour fatiguées, un vrai cercle vicieux.

Certains me répondrons « bah change de boulot alors ».

Certes. Mais quitteriez vous le boulot pour lequel vous êtes fait ? J’ai toujours voulu être infirmière, j’ai trouvé LE service que j’aime, j’ai toujours adoré le milieu hospitalier, j’aime la réa, j’aime l’adrénaline et j’aime travailler avec les enfants. Je ne me vois pas travailler en extra-hospitalier (pour l’instant), à faire des papiers toute la journée derrière un bureau… Si vous saviez la charge administrative des infirmiers, on passe presque plus de temps à tout consigner qu’à réellement prendre soin des patients, alors quitter les « soins » pour l’instant très peu pour moi, le côté « technique » est ce que je préfère le plus dans mon boulot pour l’instant (quand je dis technique, non je ne suis pas sadique et je n’adore pas piquer mes crevettes pour le plaisir, il y a bien d’autres soins techniques qui ne touchent pas les enfant 😉 )

C’est pour ça que je vais à l’école de puériculture, avoir mon diplôme, être sûre de pouvoir continuer à travailler avec les enfants même si je quitte mon boulot en réanimation néonatale car oui, maintenant même les infirmières ont du mal à trouver du boulot, les places en pédiatrie se comptent sur les doigts de la main surtout en dehors de paris où les non puéricultrices ont encore leurs chances. J’espère de tout mon cœur trouver une voie qui puisse me combler autant professionnellement que personnellement.

Je ne comprenais pas le mal-être infirmier il y a encore peu, du moins pas vraiment, et tout doucement je commence à réaliser. Je n’ai que 31 ans, je n’ai que 6 ans de diplôme et je commence à réaliser.

Je commence à réaliser que notre investissement n’est pas reconnu, que nous sommes des pions interchangeables et que « haut » on en a un peu rien à foutre des soignants, tant que le travaille est fait, qu’importe le reste.

Si nous pouvions (parce que c’est irréalisable) faire une vraie grève, imaginez 5 minutes le bordel, la grève ne durerait pas 24h, mais parce qu’ils savent que nous ne pouvons pas (donnez moi le nom de celui ou celle qui n’irait pas prendre son poste pour faire la grève en sachant que tous ses collègues n’y vont pas non plus, je n’en connais aucun, même les moins concernés) ils se permettent de ne rien changer et de gérer l’hôpital comme une entreprise où le rendement est le plus important.

La famille, les amis, l’environnement social est le plus important, si vous êtes malade, que vous partez à la retraite, que vous changez de boulot, on vous oubliera. On oubliera ce que vous avez fait, qui vous étiez. Votre famille elle, sera toujours là.

Et pourtant avoir un boulot qu’on aime est important moralement pour son propre équilibre…

Bref tout ça pour dire à mes proches que non je ne vous oublie pas, que je pense à vous chaque jour qui soit, que je vous aime et que vous me manquez, et que les « sacrifices » que je fais pour le moment sont pour mieux profiter plus tard, pour avoir plus de temps pour vous.
C-

6 réflexions au sujet de « Malaise à l’hopital »

  1. Nos conditions de travail sont difficile et parfois il arrive qu’on ce sent « perdu » « épuisé ».. J’espère que cette sensation va vous passez et que vous rencontriez des jours meilleurs ! Force et courage à nous, professionnelle de santé !!!

    Aimé par 1 personne

    1. Oui malheureusement rares sont les services qui ne sont pas touchés, et encore, vraiment on a pas trop à se plaindre là où je travaille j’ai vraiment conscience qu’ailleurs c’est mille fois pire… Merci à toi pour ton commentaire 🙂

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  2. Ah oui moi aussi je rêve de teleportation 😉
    Un petit coup de déprime ma grande ?
    C est à peur du changement peut être.
    Tu vas apprendre de nouvelles choses et connaître de nouveaux horizons qui te permettront de trouver une nouvelle voie ou de confirmer ton choix actuel.
    Gros bisous

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